Chez toi..

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C’est gentil chez toi, et depuis un mois que tu me reçois, ben je m’aperçois que c’est un peu mon toit, que les choses me tutoient, elles parlent de moi, elles parlent de toi.

Depuis la bahut breton jusqu’à la commode, me revient tout un feuilleton en dix épisodes. Sur cette vieille marquise toute défoncée, la première nuit fut exquise, pas moyen d’pioncer. Je voulais reprendre mon souffle, revenir à la vie, en me traitant de pantoufle, tu m’as poursuivi. Tu m’as rejoint sur ce pouf plutôt mort que vif, je n’ai pas eu le temps de dire „ouf“, j’étais dans tes griffes. Ce fauteuil à grand dossier brodé d’une rose, fait parti des initiés, il sait quelque chose. Nous avons notre secret, chaise de jardin. Et ce petit tabouret est un vieux copain. {…}

C’est gentil chez toi, et depuis un mois que tu me reçois, ben je m’aperçois que c’est un peu mon toit, que les choses me tutoient, elles parlent de moi, elles parlent de toi.

Mais pas assez à mon goût, car je le sent bien, elles ne me disent pas tout et l’envie me vient de fouiller dans tes affaires pendant ton absence; tant pis si je vais en enfer ou à la potence. Je soulève le matelas, j’ouvre les tiroirs, je plonge et je fais un plat dans l’eau du miroir. J’ouvre ton journal de bord, quel calendrier! Anatole, Alphonse, Hector, je n’suis pas l’premier. J’interroge ton calepin, j’essaye tes bas, je mélange Arsène Lupin et Ali Baba. Et puis soudain je sursaute comme pris en faute; mes yeux se posent sur toi dans un cadre en bois. Je m’allonge sur le lit, rongé de remords, lui aussi est démoli, il n’a plus d’ressorts. Ça me rend neurasthénique, ces antiquités, vaudrait mieux plier boutique et puis tout quitter… {…}

(credit: Thomas Fersen)

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